les Monts de l éléphant
   de CHABAS JEAN-FRANçOIS

Date : 2009
Editeur : Ecole des loisirs
ISBN : 9782211092074
Genre : Roman realiste



(Une critique de Bufolet)
  Jean-François Chabas, on a beau le connaître –littérairement s’entend, car, pour le reste Chabas est pour le petit monde des prescripteurs semblable à l’homme invisible- et l’apprécier on est toujours surpris. Bien sûr c’est un peu sa marque de fabrique de changer d’un livre à l’autre d’époque, de continent, de thême, de genre, de tonalité, mais qu’il puisse nous donner une œuvre encore plus forte que la Boxe du grand accomplissement ou le Jardin de l’homme-léopard, ça, ça m’épate vraiment. Comme dans le dernier roman cité, L’auteur transgresse les règles du roman pour ado en nous donnant comme narrateur un homme d’âge mûr : Henri, 47 ans qui nous annonce dés la première ligne qu’il va nous parler de Promesse, une femme qu’il vient de rencontrer , « celle qui m’a réveillé alors que j’avais les yeux fermés sur le monde ». Promesse non tenue puisque il faudra attendre le chapitre 21 pour la voir entrer en scène et que le titre du roman n’est cité qu’une fois dans le texte. En fait Henri revient sur sa jeunesse dans les années 60/70, dernier rejeton d’une famille du 16e, « de » Lespagne par son père à la tête d’une « flottille d’immeubles », « de » Castries par sa mère, famille d’industriels. Résumons-nous Identification au personnage impossible –un vieux bourge-, frustration du lecteur par rapport à l’horizon d’attente du récit. En plus, qui dit retour sur une jeunesse passée induit presque fatalement une nostalgie incompatible avec le ici et maintenant, voire l’anticipation qui définit l’adolescence. Et pourtant, ce livre prodigieux parvient par le destin de cette famille, par le retournement de perspective final comme par ce ton particulier du récit à scotcher le lecteur, jusqu’à –vous me lisez bien- la larme finale (comme on peut dire lutte finale). Je m’explique. Dans cette famille où on naît avec une petite cuillère en or massif dans la bouche, tout ne va pas si bien. La maladie imaginaire du père va faire éclater la famille. Interné en hôpital psychiatrique, le père va se suicider ; l’aîné Sébastien, en rupture de ban passera la majeure partie de sa vie en prison ; Charlotte, la sœur chérie épousera –si ma chère, un nègre-, et mourra en Afrique du sud des suites d’une infection pulmonaire. Dernier traître à sa classe sociale, Henri finira comme veilleur de nuit dans un immeuble appartenant –ironie du sort- aux De Lestrade. Cette descente dans les bas-fonds de cette famille de la haute, prend une saveur particulière à travers le cynisme du narrateur qui donne au récit un ton décalé à la San Antonio ou à la Michel Audiard, mais bien sûr façon 16e. Et puis il y a la promesse de Promesse. Et lorsque elle entre en scène avec son sourire et l'histoire de sa propre famille, on assiste fasciné à une vertigineuse mise en abîme de  tout ce qu'on vient de lire.



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